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Tous coupables sauf Thermos Grönn


texte


Romane Nicolas


mise en scène


Sacha Vilmar






© Fabrice Robin

Vu au théâtre de la Tempête (Cartoucherie de Vincennes) le 5 mai 2026





“À l’heure où la farce se fait la malle“



Pour rendre justice à ce qu’elle offre – bien plus qu’une récréation gagesque adepte de bons mots, mais une farce politique régénérante et organique – la fabuleuse écriture théâtrale de Romane Nicolas ne s’incarne pas à moitié. Il lui faut une fantaisie scénique elle-même inqualifiable. Celle du metteur en scène Sacha Vilmar fonctionne ici à plein régime.

Manège forain asymétrique, décor-tournette qui n’a pas honte de grincer, l’espace de Tous coupables sauf Thermos Grönn est aux acteur·rice·s ce que les jeux gonflables géants sont aux mistons : un terrain de jeu sans inertie, une fête du rebondissement, un carnaval néguentropique des corps. Carnavalesque, l’écriture de Romane Nicolas l’est d’ailleurs jusqu’à la moelle. Elle retourne les actions en grandes foirades (le « faire » vaut pour le « foire »), conchie la paperasse officielle (il est beaucoup question de « pisseports ») passe tout le beau monde à la marmite bouillante (Carlos est rebaptisé Thermos).

Comment être à la hauteur artistiquement du théâtre politique, plus amoral et plus cynique que jamais, qui nous entoure ? Peut-on encore farcir la farce politique ? Voilà une question posée par bien des œuvres satiriques d’aujourd’hui souvent trop polies et trop signifiantes par rapport aux prédateurs milliardaires qu’elles veulent croquer. Mais Nicolas et Vilmar ouvrent une piste formidable : celle d’un guignolesque jusqu’au-boutiste et d’un burlesque absolu, purement grotesque, sans hauteur morale. Celle d’une dramaturgie qui, au lieu de combattre éthiquement son protagoniste (Carlos Ghosn, au cas où la critique resterait obscure sur ce point), lui tend un piège métaphysique en lui offrant des armes de sublimation : vieille malle de magicien en lieu et place du fameux Fly-case, immortalité façon Sœurs jumelles de Copi, contrôle absolu d’une représentation dont il nomme sans arrêt les conventions. C’est ici que réside la réussite politique d’une comédie contemporaine réellement cathartique et expiatoire. Celle qui ne se charge pas de corriger le réel mais qui déréalise sans retour. Celle qui donne les pleins pouvoirs, l’impunité symboliques à Thermos Grönn ;  qui lui confie les clefs piégeuses de théâtre pour qu’on le regarde, depuis notre surplomb éphémère et précaire de spectateur·rice, se tourner lui-même en ridicule.






Pierre Lesquelen, 11 mai 2026.




avec Fanny Colnot, Étienne Guillot, Véronique Mangenot, Sacha Vilmar 

voix Fabrice Drouelle

assistanat et dramaturgie Mathilde Segonds

décor, accessoires Emmanuel Charles 

costumes Amélie Waille 

prothèses Carole Allemand, Laurent Huet 

maquillage, perruques Catherine Saint-Sever

lumières Chloé Agag 

son Manon Poirier

régie générale Robin Mensch

construction du décor Hannah Deutschle – Scénopolis, Strasbourg

doublure répétitions Chad Colson






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