La Détente
texte et mise en scène
Raphaël Gautier

© Christophe Raynaud de LageVu au Théâtre Silvia Monfort le 15 mars 2026, dans le cadre du festival JT26 organisé par le Jeune Théâtre National
“Gâchette collective“
La théâtralité de la pièce ne se limite pas à l’architecture des situations, où les dynamiques affectives naissent, s’épuisent, s’exacerbent sous nos yeux, où les ressorts subjectifs se tendent et se détendent. La Détente amène par inserts d’autres théâtralités, avec notamment les codes des vidéos promotionnelles, ou des arrêts sur image. Cette variété indéniablement ludique du texte se transpose dans des trouvailles de jeu et de mise en scène pour constituer chaque fois un pivot ad hoc entre ces tableaux.
Cependant, l’ensemble de ces moyens employés et de l’ingéniosité à l’oeuvre nous renvoint à des écueils dans ce qui est montré et dans ce qui se joue. La situation de Suzanne fournit un modèle-type du militantisme – c'est-à-dire du préjugé qu'on se fait de l'engagement politique – et non d’une vie qui se décide à changer de vie, à changer la vie, et d'abord celle de ses proches, voisins, celle de cette crique. L’intensité spécifique qui peut s’inventer dans l’engagement est ramenée à la coordination entre commissions, à l’adrélanine de l’action, au coup de main qui tirent les bouteilles hors du supermarché et fait péter le champagne le tout en fanfare. Tous ces traits ont leur réalité, mais à eux seuls ils composent un cliché. Le problème de l’entre-soi n’est pas de s’accorder sur des valeurs ou des perspectives communes, mettons la gauche, voire la gauche radicale. Au contraire, souhaitons que le théâtre puisse faire mûrir et grandir des évidences, ce qui signifie les redonner à voir et à considérer, et donc paradoxalement à réinventer leur forme et allure. Le problème est bien plutôt celui du consensus qui s'ignore, ou se réjouit sans savoir ce qui le fonde et ce qu'il implique. La détente joue du double sens du mot : la détente du pistolet, et la détente du corps. Le projet est abandonné car le responsable est tué par Suzanne qui, prise d'une réaction viscérale face au mépris de cet ingénieur en chef, a appuyé sur la détente, après moulte négociations pour rendre l'otage. La victoire politique est gagnée grâce à la réaction caractérielle la plus singulière. En toute détente, alors que Suzanne disparaît en mer, on apprend donc à se réjouir de la préservation de la crique, sans trop se poser de questions sur la confusion du pourquoi et du comment.
William Fujiwara, 31 mars 2026.
Texte et mise en scène Raphaël Gautier
Jeu Vincent Couesme, Baptiste Febvre, Katell Jan, Gaïa Oliarj-Inés, Clara Paute
Scénographie Andréa Warzee
Création et régie lumières, régie générale Amandine Robert
Création son Thibaut Farineau
Régie son Haldan de Vulpillière
Création costumes Stéphanie Pitiot
