Magnus / Palimpseste
d’après le roman de
Sylvie Germain
adaptation et mise en scène
Antoine Werner

© Christophe Raynaud de LageVu au Théâtre de la Cité Internationale le 20 mars 2026, dans le cadre du festival JT26 organisé par le Jeune Théâtre National
“L’ours de Magnus“
La compagnie des Faux menteurs présentait une libre adaptation du roman Magnus de Sylvie Germain – du nom de la peluche qui est le seul témoignage de la première enfance de Franz-Georg, enfant. Celui-ci ignore qu'il a été adopté – d'un couple nazi –, éduqué par son oncle pasteur en Angleterre, et à la recherche de son père en fuite au Mexique. Le principe qui guide l'adaptation est ambitieux.
Louise Housset et Antoine Werner ont gardé du roman l'enchevêtrement de ces histoires, la superposition des violences historiques et des drames intimes, dont le spectacle vise l'éclaircissement afin de répondre à cette question infinie : qui suis-je ? On peut vouloir y répondre par un nouveau nom propre, le bon, celui du début, mais au risque de s'attacher à tout prix au cadre de la fiction qui lui donne son sens, alors que le traumatisme se caractérise par ce qui déraille, déroute, fait irruption et requiert qu'on lui donne alors un nouveau sens, comme une nouvelle strate qui s'ajoute aux autres et cependant en change la tonalité d'ensemble.
La proposition de Magnus se confronte aux difficultés du traumatisme, qui résiste et échappe à l'imagination du sujet, à son souvenir, à sa mise en récit. Le risque d'une telle adaptation est en effet d'en rester aux thèmes. La projection de la photographie prise par un membre des sonderkommando dans le camp d'Auschwitz II – Birkenau en août 1944 condense ces difficultés au cœur du sujet de Magnus et que malheureusement la dramaturgie n'a pas prises en charge. La photographie est projetée alors que la scène a pour sujet l'implication du père dans le régime nazi. Elle n'est accompagnée d'aucun commentaire. On regarde une image, mais on ne sait pas ce qu'on voit. Si on ne connaissait pas ces images avant le spectacle – et on ne doit pas le présupposer – on n'aurait pas su ce qu'elles représentaient. Construire une forme théâtrale sur le traumatisme invite à restituer et à transposer sa logique déroutante. Elle implique aussi une esthétique qui soit une éthique quant aux matériaux employés, pour veiller à ce qu'ils valent pour eux-mêmes et non comme une indication de ce qu'on voudrait signifier. L'exposition Mémoires des camps en 2001 a déclenché du fait de la présence de cette photographie, ainsi que de trois autres qui représentent les seules photographies connues de l'intérieur du camp, une polémique entre Georges Didi-Huberman et Claude Lanzmann. Ce dernier s'inquiétait notamment que la valeur de ces photographies comme documents ne détourne de la question de la vérité de ce qu'il s'est passé, et qu'elles ne deviennent des fétiches. Magnus/Palimpseste risque le palimpseste, à savoir réécrire du nouveau en effaçant l'ancien, tronquer un roman, projeter une image, sans exhumer les différentes strates de signification qui s'y jouent et qui peuvent se jouer de nous.
Louise Housset et Antoine Werner ont gardé du roman l'enchevêtrement de ces histoires, la superposition des violences historiques et des drames intimes, dont le spectacle vise l'éclaircissement afin de répondre à cette question infinie : qui suis-je ? On peut vouloir y répondre par un nouveau nom propre, le bon, celui du début, mais au risque de s'attacher à tout prix au cadre de la fiction qui lui donne son sens, alors que le traumatisme se caractérise par ce qui déraille, déroute, fait irruption et requiert qu'on lui donne alors un nouveau sens, comme une nouvelle strate qui s'ajoute aux autres et cependant en change la tonalité d'ensemble.
La proposition de Magnus se confronte aux difficultés du traumatisme, qui résiste et échappe à l'imagination du sujet, à son souvenir, à sa mise en récit. Le risque d'une telle adaptation est en effet d'en rester aux thèmes. La projection de la photographie prise par un membre des sonderkommando dans le camp d'Auschwitz II – Birkenau en août 1944 condense ces difficultés au cœur du sujet de Magnus et que malheureusement la dramaturgie n'a pas prises en charge. La photographie est projetée alors que la scène a pour sujet l'implication du père dans le régime nazi. Elle n'est accompagnée d'aucun commentaire. On regarde une image, mais on ne sait pas ce qu'on voit. Si on ne connaissait pas ces images avant le spectacle – et on ne doit pas le présupposer – on n'aurait pas su ce qu'elles représentaient. Construire une forme théâtrale sur le traumatisme invite à restituer et à transposer sa logique déroutante. Elle implique aussi une esthétique qui soit une éthique quant aux matériaux employés, pour veiller à ce qu'ils valent pour eux-mêmes et non comme une indication de ce qu'on voudrait signifier. L'exposition Mémoires des camps en 2001 a déclenché du fait de la présence de cette photographie, ainsi que de trois autres qui représentent les seules photographies connues de l'intérieur du camp, une polémique entre Georges Didi-Huberman et Claude Lanzmann. Ce dernier s'inquiétait notamment que la valeur de ces photographies comme documents ne détourne de la question de la vérité de ce qu'il s'est passé, et qu'elles ne deviennent des fétiches. Magnus/Palimpseste risque le palimpseste, à savoir réécrire du nouveau en effaçant l'ancien, tronquer un roman, projeter une image, sans exhumer les différentes strates de signification qui s'y jouent et qui peuvent se jouer de nous.
William Fujiwara, 31 mars 2026.
D’après « Magnus » de Sylvie Germain, adaptation d’Antoine Werner
Mise en scène Antoine Werner
Collaboration artistique Louise Housset
Jeu Paul Dussauze, Louise Housset, Jeanne Lebeau, Pierre-François Orsini, Zdenka Tchamkerten
Scénographie Gabrielle Maire, Jérémy Le Roux, Yuma Fournier
Costumes Jérémy Le Roux, Yuma Fournier
Création et régie lumière Gabrielle Maire
Création sonore Eric Werner
Création vidéo Christophe Bunel, Elsa Bonnaire
Régie générale et son Carlos Perez
Création masques Julien Donnot
