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Popanz


mise en scène


Ivan Márquez






© Jean-Louis Fernandez

Vu au Théâtre de l’Aquarium le 30 janvier 2026, dans le cadre du festival BRUIT





“Popanz Bang“



Popanz reprend le conte du chat botté dans une mise en scène d'Ivan Marquez avec la compagnie La feinte, et que l'on pouvait voir en février au festival Bruits du théâtre de l'Aquarium.

Plus précisément, Popanz reprend le nom que Ludwig Tieck donne à l'ogre dans sa réécriture du conte. Cet ogre polymorphe, capable d'adopter toutes les apparences, garde le château que le chat du conte voudrait faire passer pour le château de son maître, le fils cadet d'un meunier disparu, et qui n'a eu pour héritage que ce chat. Ce nom de l'ogre symbolise bien l'appétit de la compagnie pour différentes formes de théâtralité : théâtre narratif, tableaux visuels, techniques corporelles, techniques machiniques.

Au premier rang de ces techniques, pour la scène : le récit et le corps. La structure cristalline du conte du chat botté, ses péripéties toujours déjà connues, les effets de la ruse du chat, est mis en tension, sinon en concurrence, avec les moyens spécifiques des acteur.ices – Mirabelle Kalfon, Franz Liebig et Vincent Pacaud, pour notre plus grand plaisir – leur technique de corps et de voix : constitution d'un état de corps, suspens d'une voix, focalisation de notre attention sur un détail de l'histoire ou de la scène. Mais à ces éléments attendus, il faut ajouter la scénographie de Ninon Le Chevalier qui fait toute la surprise du spectacle. Le spectacle s'ouvre sur des objets hétéroclites, dadaïstes, qui installent d'emblée notre attention dans le type de jeu et le désir de réagencement qui anime Popanz. La fausse scène de noyade du fils dans le conte constitue la clef de voûte du spectacle, où l'intrigue se noue à la gestuelle de Franz Liebig qui crée cet espace aquatique ouvert par le plateau surélevé.

Mais cette scène fait exception, et Popanz ne semble pas tant chercher à nouer ensemble les différentes ficelles qu'il tient dans sa main. Au contraire, il les espace par l'insertion d'une réflexivité de la forme théâtrale. Il nous semble au risque du brouillage, et de la confusion, qui ne se situe pas tant au sein des techniques théâtrales – narration du conte, jeu d'objets, techniques du corps – qu'entre celles-ci et le commentaire que la pièce veut faire, et notamment un commentaire d'intention politique, sur le récit et la loi. Le récit est un piège, nous prévient-on en ouverture, et les plus récentes séquences médiatiques nous ont rappelé aussi à cette vigilance. Mais le conte n'est-il pas un cas particulier, voire l'exception, qui contredit cette thèse ? Car on connaît toujours déjà le conte, et l'on se jette avec allégresse dans ses rebondissements, on aime s'y prendre, et malgré qu'on le connaisse, on s'y perd. Popanz désigne le fantôme, le double. Plutôt que le simulacre d'une critique ou d'un commentaire, Popanz se conclut sur une forme beaucoup plus expressive d'un tel double : l'écho de la flûte de Mirabelle Kalfon, qui résonne et s'altère dans la mise au travail de son grain sonore.



William Fujiwara, 4 mars 2026.



Écriture collective en français et allemand inspirée des œuvres de Charles Perrault, Ludwig Tieck, Jacob et Wilhelm Grimm, Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, Heinrich von Kleist, Heiner
Müller et Louis Marin

Mise en scène Ivan Márquez

de et avec Mirabelle Kalfon, Franz Liebig, Vincent Pacaud, et la voix de Jeanne Candel

Dramaturgie Gregory Aschenbroich

Scénographie, costumes et régie plateau Ninon Le Chevalier

Création sonore Matthieu Fuentes

Création lumière et régie générale Arthur Mandô

Regard extérieur Noémie Langevin, Pier Lamandé




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