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Le Soulier

conception 

Collectif 30 pourcent de ma tête






© Christophe Raynaud de Lage

Vu au Grand Parquet le 17 mars 2026, dans le cadre du festival JT26 organisé par le Jeune Théâtre National





“À jamais la tendresse“




Un corps allongé au sol. Un autre déjà installé dans le public. Cest ainsi que commence le spectacle Le Soulier du Collectif 30 pourcent de ma tête. Ce corps au sol, petit à petit, est parcouru de spasmes. Des spasmes allant toujours plus croissants. Et cest sa mère, Mélanie, venue du public, qui nous les explique. Forte de son expérience, elle réussit à calmer son fils et ainsi débute l’histoire : Benoit doit aller chez le dentiste. Mais il suffit d’à peine prononcer le mot « dentiste » que Benoit perd à nouveau le contrôle de son corps. C’est alors qu’apparait la réceptionniste du cabinet dentaire, Hélène.

Le spectacle, rythmé par une mise en scène très inventive, propose une plongée dans la psyché d’un personnage en pleine dépression. Le texte amène une théâtralité que le Collectif 30 pourcent de ma tête s’approprie avec une grande virtuosité. Les spectateurices sont invité.e.s à entrer dans un monde où le drame jongle avec le burlesque, où la poésie frôle le sanglant et où l’on se permet d’aller loin dans l’étrange, dans le cruel, là où l’humanité n’est plus si belle. Le spectacle joue avec le dérangeant et gratte jusqu’à l’os pour en faire sortir sa moelle : la tendresse, ou/et son absence. Comment faire lorsque l’on est débordé de toute part ? Comment trouver un réel soutien chez les autres ? Et finalement, où se loge-t-elle, cette tendresse ? Y aurait-il une partie du corps dans laquelle on pourrait la trouver ?

Le collectif s’empare de la langue de l'auteur en permettant aux acteurices d'être tout à fait libres sur le plateau. Iels explorent un jeu très corporel, un jeu qui ne vise pas le naturalisme. Au contraire. Ici, c'est un endroit d'effusion des sens, un endroit où le corps s'exprime en grand parce qu'il y a urgence à dire, parce qu'il y a urgence à y exprimer ses émotions, ses sensations, ses doutes et ses peines. Naissent alors des images percutantes, jouant d’un absurde beau et surprenant, racontant le monde étrange de cette pièce.

La pièce donc, poursuit sa direction et son énergie, à toute allure, sans ralentissement aucun. Or, dans cette belle et drôle de fièvre, la véritable urgence de Benoit à aller mieux vient comme à manquer. La difficulté de Mélanie, sa mère, est placé en retrait et les drames de chaque personnages deviennent moins percutants. Le spectacle se concentre plutôt sur son rythme et sur le geste de mise en scène. Ce dernier finit par se placer un peu trop en avant, donnant alors l’impression que la mise en scène se prend elle-même au piège.

Pour autant, on suit avec un certain délice ces personnages, leurs pulsions comme des noyaux de belles situations à tirer, à croquer. Mais là où le spectacle rayonne, le manque de sensibilité profonde des personnages vient à poindre. Comme si le « sérieux » des situations était placé trop en arrière plan, les sujets abordés abandonnants peu à peu les esprits.




Zdenka Tchamkerten, 31 mars 2026






Mise en scène Collectif 30 pourcent de ma tête : Azénor Duverran--Lejas, Luciana Costa-Piallat, Pierre de Brancion, Nina Depays

Jeu Azénor Duverran--Lejas, Luciana Costa-Piallat, Pierre de Brancion, Nina Depays

Collaboration artistique Thomas Fustec

Scénographie Rudy Gardet

Costumes Ameline Fauvy

Création lumière Jade Rieusset

Création sonore Anaël Dreyer





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