Coraline
conception
Blanche Ripoche et Margaux Desailly

© Susy LagrangeVu à La Maison des Métallos (Paris) le 11 décembre 2025.
“À toutes les Caroline, la nation reconnaissante“
Blanche Ripoche campe la geste clownesque et délicieusement irrévérencieuse de Coraline, un personnage de trad-wife à la française tout droit sorti du roman national républicain tenté par la mutation réactionnaire. Coraline est impeccable et s'inscrit avec passion et dévouement dans le type féminin « respectable » construit par l'imagerie républicaine patriotique. Elle cherche à nous prouver à quel point elle fait bien comme il faut : sa détermination conformiste est un ressort comique inépuisable que Blanche Ripoche cisèle avec mordant et brio.
Considérant le public comme des visiteureuses de passage, Coraline fait la discussion en étendant son linge bleu-blanc-rouge. Elle étale ainsi par la même occasion son « bon-sens », sa vision du bien, le système d'affects par lequel elle se maîtrise ou s'autorise à agir. Elle évolue au sein d’un étriqué mélange de pudeur et d'humilité tout en affirmant avec force sa conviction profonde d'appartenir au camp majoritaire. Auto-oppressive et oppressive - qui de l'oeuf ou la poule … - elle nous embarque dans les différents recoins de sa maisonnée, comme pour prouver qu'elle n'a rien à cacher. En bonne réactionnaire qui s'ignore, elle slalome entre toutes les sources de conflit et s'arrête toujours avant de franchir le seuil critique grâce au gestus du déni – hop ! Sous le tapis ! Coraline est dans les clous et consent à sa propre crucifixion par pur souci de faire tenir un ordre qui demande beaucoup d'énergie et de sacrifices pour être reconduit : il y a tellement de choses à faire disparaître mais qui pourtant, toujours, reviennent ou ne veulent pas se tenir tranquille... Il faut donc toujours veiller à l'ordre et Coraline se fatigue à cet exercice. Et nous la voyons faire : la pauvre, tout ça pour ça. Progressivement, nous nous infiltrons dans son monde intérieur ; ses rêves, ses secrets, sa sexualité, son culte grotesque pour des figures féminines de la grande histoire de France …
Coraline aime la France et pénétrée de cet amour, elle aussi hilarante que terrifiante, tant elle est malheureusement, à peine caricaturale… Coraline est une figure de femme de notre époque marquée par le pink-washing des mouvances réactionnaires, identitaires et nationalistes. En immense actrice qu'elle est, capable des nuances les plus fines avec une précision extrême en même temps que d'une simplicité poétique déconcertante, Blanche Ripoche donne naissance à une banalité du mal au féminin qui nous autorise à rire et à réfléchir avec une tendresse consternée à toutes les Coraline au service du back-clash des luttes féministes et émancipatrices.
Écriture, mise en scène et jeu Blanche Ripoche
Écriture et mise en scène Margaux Desailly
Mise en scène Hélène Bertrand
Collaborateur artistique Edwin Halter
Scénographie et costumes Léa Gadbois Lamer
Lumière et régie générale Anna Sauvage
