LA BRANDE


conception


ALICE VANNIER

CIE COURIR A LA CATASTROPHE






© Luc Jaquin

Vu au Théâtre de la Cité Internationale (Paris) - 23 janvier 2024

                                    



“S’enforester“



Together! du groupe T ou Home de Magrit Coulon ont récemment renouvelé la forme du théâtre de lieu - entendons par là un geste pensé d’abord comme une sismographie, plus ou moins sociologique, d’un espace soustrait aux regards. La Brande d’Alice Vannier poursuit cette inflexion.

Le théâtre de lieu (tel qu’on a pu encore l’éprouver cet été à Avignon avec le Welfare de Deliquet), semblait autrefois investi pour sa force polyphonique, pour la multiplicité de parcours individuels qu’il permet de raconter, pour la complexité de consciences qu’il oblige de déballer. Mais les formes des jeunes artistes précédemment cité.e.s dépassent cette ambition, gagnant une politicité plus grande : il ne s’agit plus seulement pour eux.elles de radiographier des individualités mais d’apprivoiser la vie profonde d’un espace alternatif, sa temporalité incomparable, la singularité des petits drames qui le traversent ; le plateau devenant alors le réceptacle radical de son génie propre.  Aussi l’enjeu théâtral n’est-il plus seulement d’enregistrer mais de ressusciter, plus seulement de faire connaître mais de faire éprouver une autre manière d’être au monde, sans quête forcée de signifiance. Car ces nouveaux théâtres du lieu sont tout sauf omniscients et avides de récits révélateurs : ils entendent cohabiter avec des institutions ignorées.

La dramaturgie de La Brande a effectivement pour qualité de paraître tissée par les tragédies insenséees des habitant.e.s (fictif.ve.s) de la Borde, lieu pionnier de la psychothérapie institutionnelle dans les années 1960. Leurs rêveries interrompues, leurs obsessions inassouvies, leurs intuitions philosophiques composent une forêt de folies infra-ordinaires qu’Alice Vannier ne rend jamais pittoresques ni édifiantes. Alternance d’instants dramatiques et de séquences analytiques, de paroles illogiques et de discours - où soignant.e.s et soigné.e.s se regardent alors théâtralement sans se rencontrer physiquement, La Brande réussit pourtant à ne jamais récupérer ces vies de traverse dans ses lunettes réflexives. Chaque moment conserve effectivement sa signification et sa temporalité autonomes. Ce sont ces contrepoints inquiets qui font apparaître rétroactivement la psychothérapie institutionnelle comme une entreprise elle-même balbutiante, à l’humilité salutaire, elle aussi peu sûre de son sens. C’est par cette forme intrinsèquement politique que La Brande emporte ses propos plus attendus sur la folie de l’homme normal et sur l’échappée peut-être salutaire qui se joue à la Borde. Cette bipolarité dramaturgique est peut-être moins fructueuse esthétiquement : elle impose une telle réversion du régime de jeu que les acteur.rice.s semblent attraper au vol le chemin intérieur, la vibration primaire des folies qu’ils.elles paraissent alors davantage composer que viscéralement traverser.



Pierre Lesquelen, 1er février 2024
    

Distribution 

texte écriture collective

mise en scène Alice Vannier

avec Anna Bouguereau, Margaux Grilleau, Adrien Guiraud, Simon Terrenoire, Sacha Ribeiro, Judith Zins

collaboration à la mise en scène et dramaturgie Marie Menechi

scénographie Lucie Auclair

création lumière Clément Soumy

création son Robert Benz

régie son Nicolas Hadot

costumes Léa Emonet











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